Un ministre des impôts sans réel poids politique
Le picard Eric Woerth devient donc le premier ministre des comptes de l'histoire de la République. Mais à y regarder de plus près, il y a de quoi être déçu.
On nous avait annoncé la création de ce nouveau ministère comme une grande nouveauté. Enfin, Berçy serait divisé entre la politique économique d'une part, et les questions bugétaires d'autre part. Enfin, un ministère regrouperait les comptes de l'Etat et de la sécurité sociale.
Mais en réalité, ce ministère n'a rien de nouveau puisque les finances restent finalement rattachées au ministère de l'économie de Monsieur Borloo.
Monsieur Woerth ne sera donc qu'un simple ministre du budget comme il en a déjà existé de nombreaux. La seule différence est qu'il aura également en charge les comptes sociaux et la fonction publique.
Cet ancien d'HEC et de Science Po va donc devenir en quelque sorte (notamment) ministre des impôts.
A ce titre, la tâche d'Eric Woerth sera très rude car il devra composer entre les promesses fiscales de Nicolas Sarkozy et les exigences européennes en matière de déficit. Lors de la présentation des lois de finances, la gauche l'attaquera violemment en raison des baisses d'impôt annoncées et le centre le harcèlera à cause de l'endettement qu'elles engendreront.
L'absence de réel poids politique d'Eric Woerth sera pour lui un handicap majeur car il sera responsable de tout sans pouvoir rien décider. Ce ministre sera avant tout un exécutant dont la marge de manoeuvre sera très étroite.
Ainsi la politique fiscale se décidera au plus haut niveau de l'Etat, c'est-à-dire par Nicolas Sarkozy lui-même. Ceci est conforme à son tempérament et confirme que la question des impôts est pour lui une question centrale qu'il ne veut surtout pas abandonner à un ministre un peu trop indépendant.
La même remarque est valable pour le ministère de la Justice où la nomination de Rachida Dati a franchement de quoi inquiéter.
Quel sera le poids politique de Madame Dati (qui a adhéré à l'UMP seulement en 2006) face au ministre de l'intérieur ? Pourra-t-elle vraiment imposer l'indépendance de la magistrature ?
La nomination d'un ministre sans poids politique et totalement soumis au président annonce une reprise en main de la justice par l'exécutif. D'autant que Madame Dati était conseillère de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur lorsque celui-ci jouait l'opinion contre les magistrats.
On pourra toujours plaider que Madame Dati est magistrate ce qui la qualifie pour ce poste encore qu'il ne soit pas toujours bon qu'un ministère soit dirigé par quelqu'un qui en est issu.
Mais, il faut rappeler que Madame Dati a très peu exercé sa fonction de magistrate.
En résumé, j'ai l'impression que Nicolas Sarkozy laissera peu d'initiatives à ses ministres des impôts et de la Justice.